Kaboul et Islamabad face à une rupture frontalière inédite
Une spirale de représailles a ouvert la voie à une guerre déclarée: les échanges se multiplient après un cessez-le-feu fragile et un regain de tensions en février, signe d’une escalade sans précédent.
Des groupes opérant depuis l’Afghanistan, notamment le TTP et EI-K, ont frappé une mosquée chiite à Islamabad puis attaqué un poste-frontière, faisant plusieurs morts et démontrant que les lignes autrefois « temporaires » pourraient devenir des lignes de front.
L’armée pakistanaise a répliqué avec des frappes ciblées sur des camps dans la zone frontalière. De leur côté, les forces afghanes ont répliqué le long de la ligne Durand, et une opération aérienne baptisée Ghazab Lil Haq a visé des sites importants à Kaboul et à Kandahar, marquant l’ouverture officielle du conflit et une nouvelle étape stratégique.
L’ingérence du TTP et les visées stratégiques des talibans
Face à l’escalade, le Pakistan affirme que l’Afghanistan accueille et soutient le TTP, qui multiplie les attaques contre le territoire pakistanais. Le ministre de la Défense a averti que Islamabad n’hésiterait pas à frapper des sites afghans si les talibans n’agissaient pas contre les insurgés.
Depuis le retour des Talibans au pouvoir en 2021, le TTP a intensifié ses actions contre le Pakistan, avec près de 1 300 attaques recensées en 2026 — un record absolu selon ACLED —, indiquant une menace croissante pour la sécurité intérieure pakistanaise.
Pour beaucoup d’analystes, Kaboul ne bouge pas: le TTP bénéficierait du soutien structurel des réseaux afghans et de ressources qu’ils continueraient d’obtenir après le retrait américain. Des observations du CSIS et du FRC à Islamabad soulignent que la majorité des militants seraient d’origine afghane (plus de 60 %) et que la frontière Durand facilite un flux de combattants et d’armes, selon des rapports de l’ONU de juillet 2024.
